J'ai retrouvé ça dans mes tablettes :
Le Parisien du Samedi 10 Décembre 2005 : « Ma cité a bien vieilli »
LES CITÉS aussi attirent les touristes. Cet après-midi, une cinquantaine de curieux venus de toute l'Essonne ou même de Paris arpenteront les rues du Noyer-Renard, un quartier HLM de 5 300 âmes, sur le plateau d'Athis-Mons. Ils viendront admirer les longues barres de 4 étages, qui s'étalent là depuis presque un demi-siècle. Une visite guidée proposée par la Maison de banlieue et de l'architecture d'Athis, pour découvrir l'histoire de cette résidence de 1 250 logements en pleine transformation (...). Cette cité, Georgette Claus y a passé plus de la moitié de sa vie. Cette arrière-grand-mère de 83 ans, au brushing blanc impeccable et aux yeux bleus pétillants, connaît la moindre rue de ce qu'on appelle ici les 3 F. C'est la société FFF (Foyer du fonctionnaire et de la famille) qui a construit les immeubles, de 1958 à 1962. Georgette s'y est installée le 2 février 1961, avec son mari Henri et ses deux filles. Un petit trois-pièces qui avait des allures de paradis. « On avait les pieds dans la boue. Mais on était tellement contents d'avoir un toit ! » « On venait de Paris, où on vivait dans une petite chambre d'hôtel, sans eau courante, raconte cette ancienne ouvrière de chez Philips. Athis-Mons, c'était le bout du monde pour nous. Le quartier était en chantier, on avait les pieds dans la boue. Mais on était tellement contents d'avoir un toit ! » Peu à peu, les barres se sont remplies. Avec des mal-logés de toute la région parisienne, des Portugais et des pieds-noirs d'Algérie. Beaucoup sont partis au bout de quelques années pour construire leur maison dans les vergers aux alentours. Georgette, elle, n'a jamais voulu quitter son petit nid du 3 e étage. « Je me plais ici, même si c'est pas Versailles, rigole la vieille dame. On m'a plusieurs fois proposé de déménager, pour un rez-de-chaussée ou un immeuble avec ascenseur, mais je n'ai jamais voulu. » Son quartier, Georgette l'a vu changer. Les barres ont vieilli, de grandes familles sont arrivées du Maghreb et d'Afrique noire. Et la misère s'est installée, avec son lot d'insécurité. « Le Noyer-Renard, c'est un ghetto. Il y a près de 40 ethnies dans le quartier mais les gens ne se connaissent pas, ne se mélangent pas assez », regrette cette infatigable militante associative. Et puis, il y a eu la réhabilitation, les appartements rénovés, des bouts d'immeubles détruits. « Moi, je m'étais habituée à ces grandes barres, ça m'a fait mal au coeur quand ils ont cassé les appartements, confie l'ancienne présidente de l'amicale des locataires. Mais finalement, c'est mieux ainsi, la cité est plus aérée. Je trouve qu'elle a bien vieilli. » Georgette apprécie la nouvelle place Mendès-France, que « les jeunes n'ont pas dégradée ». Elle regrette qu'on ait remplacé ses arbres et ses pelouses par des parkings. Mais la vieille dame sourit : « J'aime ma cité. Je n'en partirai que les pieds devant. »
Le Parisien du Samedi 10 Décembre 2005. Texte de Sandrine Binet
Avec quelques photos inédites !

Georgette à la médiathèque (Déc. 2003)

Georgette et son mari (décédé depuis) au MacDo (Juillet 2003).