D'après l'article, la jeune comédienne d'origine algérienne, César du meilleur espoir féminin 2002, aurait grandi à Athis-Mons ! Effectivement, j'ai retrouvé un article du Nouvel Obs en 2003 : «Si vous me faites le coup de la comédienne banlieusarde, je ne marche plus.» L’histoire de la petite meuf de banlieue qui devient le grand espoir féminin du cinéma français, la beurette-aux-yeux-de-braise sauvée des cages d’escalier, la beauté tapageuse échappée des cités, non, ce n’est pas elle. A peine 25 ans, Rachida Brakni, et déjà la hantise des clichés qui lui courent après. Depuis son césar 2002 pour le premier rôle de «Chaos», elle doit composer avec son image médiatique. Son double. C’est une actrice guettée par la schizophrénie: la Rachida d’Athis-Mons était rebeu,la pensionnaire Brakni de la Comédie-Française se retrouve beurette. Elle fulmine. «Pourquoi toujours tout rapporter aux origines? Et la volonté individuelle? Et l’autonomie? J’aurais très bien pu grandir dans un appartement bourgeois parisien, cela n’aurait rien changé à mon parcours.» Elle a passé sa jeunesse dans une barre de l’Essonne, aînée de trois enfants, famille algérienne, «et alors?». A 18 ans, la bachelière part s’installer à Paris, un studio pour préparer le Conservatoire. «En quittant Athis, je n’ai pas ressenti de rupture. J’avais toujours vécu à la cité mais je ne lui avais jamais appartenu.» Jamais de tee-shirt floqué «neuf-un», jamais défoncée au shit dans le hall d’entrée, jamais de bande de copines, juste une meilleure amie, Stéphanie. «Les groupes de jeunes où l’on devait répéter"Kesstukasslécouilles" à tout bout de champ, moi je n’y arrivais pas.» Elle parle couramment le Shakespeare ou le Victor Hugo, appris dans les livres et dans ses rêves. Sur scène, elle joue parfois Antigone, fille d’un Créon blond, et «cela ne choque personne. Croyez-vous que le public vienne voir une banlieusarde?». Adieu Athis. Nouvel Obs 17 Avril 2003