Balade dans Athis-Mons (91200), Juvisy sur Orge (91260) et Paray-Vieille-Poste (91550) FRANCE
Toujours des souvenirs d’une période troublée….
Juin 1940.….Après cette « drôle de guerre », les allemands gagnent du terrain et approchent de Paris. Mon père, mobilisé à PARIS, passe Avenue du Miroir à la maison, son régiment se repliant en province. Toutes les administrations ont déjà quitté la capitale. Mon père demande à ma mère et à moi de quitter la maison, ce que nous allons faire….Nous allons donc rejoindre sur les routes les flots de réfugiés…C’est l’Exode…Et puis l’Occupation….
Après un périple un peu « bousculé », nous retrouvons notre maison intacte…A première vue, nous n’aurions pas dû partir ! Et notre vie sous l’occupation essaie de s’organiser. Ma mère commence déjà par tuer poules et lapins qu’elle ne peut plus nourrir, ne trouvant ni grain, ni fourrage. Puisque nous ne pouvons pas les nourrir, ce sont eux qui nous nourriront…certains après être passés par des bocaux de conserve….La vie est dure pour tout le monde…
La nourriture devient un gros sujet de préoccupation…Ma grand-mère envoie à ma mère des graines de haricots (qu’elle lui affirme être « nains »). Bon, plus de massif de fleurs devant la maison, les haricots remplacent avantageusement…Oui, mais…ils sont loin d’être nains et au bout de peu de temps, maman est obligée de mettre à chacun des rames sur lesquelles ils vont monter allègrement. Nous sommes loin de ce joli massif de bégonias que nous admirions tant !
Je passe sous silence ces fameux rutabagas dont on a beaucoup parlé ! C’est pas que le goût était mauvais, mais il faut bien avouer que pour calmer la faim, on doit trouver mieux ! Enfin, notre potager contenait un peu de tout et nous avions de la chance d’avoir un jardin…Il y avait bien la corvée doryphores…ça, sous l’Occupation, c’était une saine occupation !!! Très prenante !!tous les matins on allait à la chasse en fourrageant dans les pommes de terre « feuille par feuille »…Il fallait écraser ces bestioles…Et le soir, il fallait recommencer (elles se reproduisent à une cadence vertigineuse)…Fallait vraiment avoir envie de manger des pommes de terre , ou peut-être ne pas avoir grande chose à manger…ce qui était le cas.
Restrictions, restrictions….Tout nous était mesuré « à minima ». Beurre, viande, sucre, huile, pain etc….tout ceci n’était plus que de vagues souvenirs. Et en plus, restrictions de gaz, restrictions d’électricité… ce qui nous faisait dire « Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui, on prend un bain ou on fait le pot-au-feu » ? Les deux réclamant un certain temps de chauffage, il fallait choisir. Mais, comme on n’avait pas de viande, le pot-au-feu n’était pas d’actualité….le bain non plus d’ailleurs, il faisait froid dans les maisons sans chauffage ! On essayait de prendre tout ça avec un peu d’humour, sans doute parce que ma mère et moi n’étions que deux femmes. Mais pour les hommes et les enfants, les restrictions étaient beaucoup plus dures à supporter. Il fallait faire preuve de beaucoup d’imagination…
Au bord du Miroir, le cochon de minuit …
Nous avions des amis qui habitaient au bord du Miroir et qui avaient pu avoir un cochon vivant ! Quelle aubaine. Le sort de ce cochon avait été décidé en petit comité : il devait mourir d’un coup de pistolet (pas très permis ça, par la main d’un gardien de la paix) le soir à minuit, quand tout dormait aux alentours….Nous assistions à l’opération… Oui, mais voilà, notre tireur ne devait pas être d’élite, il a raté le cochon….Qui a déjà entendu un cochon qui a peur ? Les sirènes le jour du bombardement ont fait moins de bruit ! Ce cochon a braillé de toutes ses forces nous mettant tous en transe ! Notre tireur a pu rapidement le faire taire définitivement, mais nous n’étions pas très tranquilles….et notre ami a cru bon de faire des largesses en distribuant le lendemain quelques côtelettes aux voisins proches de chez lui…On ne sait jamais…Quel souvenir, quelle émotion !
Un vêtement pour deux…qui sort aujourd’hui ?…..
Les lendemains du 18 avril 1944 - Plus de vêtements ni autre chose d’ailleurs…
Comme je l’ai déjà dit, la solidarité a été présente. Heureusement car les services officiels ont été débordés et pas très à la hauteur.
Moi, j’étais partie à l’abri tout habillée puisque je n’étais pas encore couchée. Ma mère était en combinaison sous son manteau ! Pour avoir d’autres vêtements, il nous fallait obtenir des « bons de textiles ». Le bombardement ayant eu lieu le 18 avril 1944, nous avons touché des bons de textiles….à l’automne 1944. Je ne suis pas certaine que tout ceci soit bien logique, mais le plus triste (ou risible, c’est comme on veut), pour ma mère et moi, nous avons touché, pour toutes les deux (à nous partager vraisemblablement):
- 1 bon de robe
- 1 bon de manteau
- 1 bon de chemise (à l’époque on en portait)
- 1 bon de combinaison
En résumé, nous ne pouvions pas sortir ensemble ! « Prête-moi ta chemise, je te prêterai ma combinaison… »
Dans quelle tête une idée pareille avait-elle pu germer ? Heureusement que nous avions de la famille et des amis.
« S’empresser de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer »…
D’autres petits inconvénients -
Les chaussures à semelles de bois (tiens, moi, ça m’avantageait…en hauteur)
Les tissus qui se froissaient, on disait qu’il y avait du bois dedans…Tous les jours avant de partir travailler, je repassais ma jupe (je dis bien « ma » je n’en avais qu’une !) J’avais acheté un joli petit ensemble pour aller au mariage d’une amie. Un jour, j’ai pris une averse sur le dos, mon ensemble a perdu dix centimètres ! Je l’ai bien regretté….surtout que pour en avoir un autre, c’était pas certain !
Et tant d’autres inconvénients….Comment peut-on s’imaginer qu’on ait pu tenir si longtemps : le froid l’hiver, le manque de nourriture…Et chez moi l’annonce de la mort de mon frère tué en Juin 1940 ce que nous n’avons appris qu’en 1942.. Et le bombardement du 18 avril pour finir. Je crois vraiment que l’espoir fait vivre !
Et notre jeunesse dans tout ça ?
Nos plus belles années….qu’en reste-t-il ? Simplement un rêve et un souhait :
- qu’on ne revoie plus jamais une telle horreur.
On arrive à parler légèrement de cette période, mais c’est peut-être pour masquer un peu mieux ce qu’on ressent. Simple pudeur.
Geneviève
Montpellier 19 juin 2007
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